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Prises de parole commentées

Prendre contact avec son auditoire

11 févr. 2016

Je vous propose aujourd'hui un court extrait de la conférence de presse du Général de Gaulle du 5 septembre 1960, en pleine guerre d'Algérie donc.

Premier temps la prise de contact avec l'espace et son auditoire, par le geste, le regard et un long temps de silence, on trouve là la mise en oeuvre de fondamentaux.

Le regard est bien circulaire pour à la fois prendre la mesure de l'espace, de l'auditoire et pour établir l'indispensable contact visuel.

Ensuite, la prise de parole commence, je vous laisse apprécier la qualité de la forme, débit, articulation, intonation, temps de silence et le fond qui 55 ans plus tard semble très, trop, actuel.

La voix participe de la communication non verbale

20 févr. 2016

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Je souhaite commencer à aborder la communication non verbale, dont la maîtrise est si importante pour une transmission qui atteigne son but, laisser l'empreinte que l'on souhaite dans l'esprit de son auditoire. La voix, dans sa triple dimension, est un vecteur clé de la communication non verbale.

Triple dimension de la voix : l'intensité, l'intonation et le débit.

C'est la combinaison de ces trois aspects de la voix qui va créer le stimulus qui sera perçu par l'auditoire. Une transmission incarnée passe par une utilisation performante des trois composantes.

Dans l'extrait que je vous propose aujourd'hui si le débit est à peu près correct, l'intensité et l'intonation ne portent pas assez le contenu et donc la prise de parole ne s'incarne pas suffisamment. Petit point supplémentaire, applicable par tous facilement, la fin de phrase doit être portée par une intonation plus prononcée. Dernière chose pour aujourd'hui et pour les porteurs de lunettes, le contact visuel avec son auditoire est un élément fondamental pour assurer une bonne transmission du message.

Si vous ne pouvez pas utiliser des lentilles, faites attention aux montures trop épaisses qui créent des zones d'ombre défavorables à un contact empathique.

A la découverte des valeurs du leadership

26 févr. 2016

Je vous propose un extrait d'une conférence presse du Premier Ministre George Pompidou le 27 juillet 1965. Un prise de parole magnifique, buste légèrement vers l'avant, attachez-vous à bien observer le regard, c'est étonnant.

Intonation, gestuelle, silences d'observation qui rythment parfaitement le discours, une prise de parole qui marque. Mais elle marque aussi car elle est porteuse des valeurs du leadership. Quelles sont-elles ?

Elles sont quatre comme les trois mousquetaires donc en fait cinq.

Les quatre valeurs cardinales, qui occupent chacune un point du cercle :

optimisme, intégrité, confiance et engagement

et au centre du cercle la sincérité.

Aucune ne peut fonctionner sans les autres pour que s'affirme le leadership.

Être juste dans sa zone de confort

4 mars 2016

Aujourd'hui, j'ai choisi d'illustrer ma publication hebdomadaire par de courts extraits de l'une des rares interviews accordées par Sir Lindsey Owen-Jones.

C'était sur la chaîne américaine NBC le 6 mars 2008. Plusieurs choses sont à retenir de cette prise de parole qui se déroule presque comme un rouleau compresseur,

si je peux me permettre, bien à l'image de l'orateur.

La gestuelle, forte, marquante, un usage permanent des mains qui rythme à la perfection le discours domine le non-verbal. Elle est en parfaite harmonie avec une posture en position assise marquée par un buste en retrait, une tête bien axée sur la colonne vertébrale. Il se dégage de l'ensemble une impression de grande force et détermination. Dans une prise de parole, il faut toujours chercher à se situer à l'intérieur de sa zone de confort. Pour cela il faut avoir parfaitement identifié ses caractéristiques et son périmètre. Ensuite, il faut évoluer à l'intérieur de cette zone toujours dans la mesure. Tout ce qui sera excessif perturbera ce que vous souhaitez transmettre. Notre orateur du jour est exactement dans cette dimension.

Pour des raisons multiples, sur lesquelles il serait trop long de s'étendre, on constate dans de très nombreuses prises de parole des débits trop rapides.

La vitesse que je recommande est comprise entre 2 et 3 mots par seconde sur l'ensemble de la prise de parole ce qui n'interdit pas bien entendu des accélérations, brèves et à condition de maintenir un niveau d'articulation suffisant, ou des ralentissements. Là encore, dans notre vidéo de la semaine, l'orateur fait preuve d'une excellente maîtrise de cette dimension de l'expression orale.

La répétition, un élément clé d'une prise de parole

10 mars 2016

Pour cette semaine je vous ai réservé une séquence légendaire. Ceux d'entre vous qui ont une mémoire des dates s'en souviennent peut-être.

Le 27 janvier 2007 Steve Jobs présente une nouveau produit Apple.

Comme toute les prises de parole de Steve Jobs celle-ci est parfaite. Mais pour s'approcher de la perfection, qui pour moi est synonyme de naturel, il faut du travail, du travail et toujours plus de préparation.

Il n'y a pas de secret, pas de mystère, simplement une volonté et une détermination toujours dans l'humilité de la remise en cause.

Alors que voyons-nous dans cette courte séquence de moins de 2 minutes.

Beaucoup de choses que je vous invite à essayer d'analyser par vous-même, une posture simple et naturelle, une gestuelle ouverte qui invite, un débit lent rythmé par un usage magnifique du silence. Mais aujourd'hui, je souhaite vous parler de la répétition qui est une clé de l'art oratoire. Dans notre séquence du jour Steve Jobs utilise la répétition pour guider son auditoire, nombreux, vers le dévoilement qui va intervenir et pour faire monter la tension tout en délivrant avec une grande force les messages clés qui caractérisent le nouveau produit. C'est beau.

Attention, la répétition oui, la caricature non et pour cela il faut répéter ses mots clés, ses messages clés dans la diversité. Cela ne s'improvise pas il faut le travailler. Je vous dis tout cela car je suis certain qu'une grande majorité d'entre vous a tout de suite pensé, lorsqu'ils ont lu le titre, à la plus célèbre anaphore de ces dernières années dont on mesure, 4 ans après, toute la force de l'effet retard.

Comment répondre à une question délicate

17 mars 2016

 

Aujourd'hui, j'ai choisi un extrait de la conférence de presse de François Mitterrand en date du 4 avril 1984. Je pense que 32 ans après le sujet évoqué vous amusera ou peut-être vous agacera un peu. Que pouvons-nous retenir pour notre cheminement dans le vaste domaine de la prise de parole ?

Il me semble que ce qui domine cet extrait c'est la totale maîtrise de l'orateur dans pratiquement tous les domaines. Au début soyez bien attentif à la façon dont il gère son auditoire et l'organisation des interventions de ses intervieweurs.

C'est le maître des lieux comme vous devez l'être dans des situations similaires. Ensuite, la posture, par instant presque allongé sur son pupitre il va, tel un carnassier, dévorer sa proie, son auditoire.

Mais le plus remarquable, c'est la gestion d'une question délicate. Comment répondre à une question difficile, gênante, voire déstabilisante. Il y a plusieurs techniques que nous aborderons au fur et à mesure de nos publications.

Que voyons-nous ici, l'orateur se réapproprie la question parce qu'elle est incomplète et sa réponse apparait à la fois comme le complément indispensable pour comprendre et la solution. Vous remarquerez que plusieurs fois l'orateur conforte son interlocuteur ce qui traduit sa recherche empathique.

Nous voyons en action un orateur matois qui joue avec son public. Il faut de la maîtrise pour faire cela. Dernier point à évoquer, malgré un débit parfois trop rapide et une articulation qui pourrait être meilleure, le belle gestion des silences donne du volume à cette prise de parole. Là aussi nous y reviendrons souvent car la qualité d'une prise de parole se juge d'abord par la qualité de ses silences.

Ne dites rien ... on vous comprendra mieux !

26 mars 2016

Un peu de retard dans la livraison de cette semaine, dans laquelle j'ai souhaité rendre hommage à un artiste de la communication, notamment lors de ses prises de parole. Je vous propose aujourd'hui des extraits du discours sur l'état de l'Union 2106 qui fut le dernier pour Barack Obama. Cette prise de parole est un temps fort traditionnel de la vie politique américaine. Certes un peu convenu, ce discours marque en fait le début de l'année politique aux Etats-Unis.

Tous les fondamentaux d'une prise de parole performante, efficace, sont mis en oeuvre. Le débit est lent, parfaitement controlé, mesuré, l'articulation est de qualité, le visage sait être souriant quand il le faut et grave aux moments opportuns. Et que dire de l'utilisation des silences, qui justifie le titre de ce post, simplement parfait. Barack Obama laisse toujours le temps à son auditoire de comprendre et d'assimiler ce qu'il vient de dire. La séquence d'aujourd'hui est un peu longue, 7'28", mais je vous invite à la visionner dans son ensemble. Plus vos silences seront de qualité, bien à propos, nombreux et mieux vous serez compris. Vos silences diront plus que votre voix.

Toutes les valeurs du Leadership, déjà évoquées dans un post précédent, sont présentes : la confiance en soi, le sens de l'engagement, l'intégrité et bien entendu l'optimisme, la circonférence du cercle et au centre la sincérité.

Pour conclure, quelques mots sur le contenu, très clair, très structuré, mais finalement qui peut se résumer à un seul message clé : "j'ai confiance en vous donc ayez confiance". Un enseignement important, toute prise de parole doit pouvoir se résumer à un message clé et à quelques mots clés. Obama récite son savoir-faire sans fausse note, de la prise de contact avec son auditoire, regardez et écoutez, en passant par les références indispensables, une citation de Lincoln et l'allusion à la notion de frontière si chère aux américains. Et bien entendu la conclusion qui joue sur la répétition du message clé, mais si la répétition est indispensable à toute prise de parole, elle doit toujours se faire dans la diversité.

J'ai été un peu long mais un artiste de la prise de parole comme Obama méritait au moins cela. Mais la question reste posée de savoir si un artiste fait un grand homme d'état. Je vous laisse à vos réflexions, à chacun son opinion.

L'habit fait le moine !

1 avr. 2016

Après une  longue séquence la semaine dernière, je vous propose aujourd'hui un très court extrait d'une communication vidéo d'un communicant célèbre et reconnu, Carlos Ghosn. Voilà quelqu'un que vous n'avez pas dû voir souvent sans cravate et bien c'est le cas dans cette vidéo. Le sujet du jour est lié directement à ce qui fait l'essentiel de ce qui est perçu par l'auditoire lors d'une action de communication : le non verbal.

Le non verbal est constitué, à priori, des 5 éléments suivants, la posture, la gestuelle, la bouche, le regard et la voix dans toutes ses dimensions : intonation, intensité, débit, rythme et articulation. Et bien, il me semble indispensable d'ajouter, surtout dans le cas d'une communication vidéo, l'environnement visible et/ou imaginé ainsi que la tenue vestimentaire. Tout est signifiant, tout est stimulus.

Dans notre sujet du jour nous voyons un Carlos Ghosn bien stable sur ses appuis, et plus les appuis sont nombreux et mieux nous nous sentons, une gestuelle mesurée mais significative, qui rythme bien le discours, et surtout un regard qui à aucun moment ne lâche son auditoire, en l'occurrence pour cet exercice, le centre de l'objectif de la caméra et donc oblige celui qui regarde à maintenir son attention à son plus haut niveau.

Que dire de sa tenue et bien qu'elle est totalement en adéquation avec le ton et l'ambiance voulue pour cette communication. La façon de vous vêtir fixera pour votre auditoire l'humeur de votre prise de parole et dans ce domaine le hasard n'a pas sa place si vous voulez garder la maîtrise et réussir à atteindre votre objectif de communication. A vous de décider, à vous de faire vos choix, mais la cravate rose ou le marcel peuvent tout emporter sur leur passage et rendre caduque tout le reste, annihiler tous vos efforts, toute votre préparation.

Le trac, un ami qui vous veut du bien

7 avr. 2016

Un avocat représente dans notre imaginaire peut-être la figure la plus emblématique de la prise de parole. Lorsqu'en plus cet avocat est un pénaliste reconnu et à succès, il est légitime de le voir présider le jury 2015 du concours d'éloquence qu'organise HEC chaque année. HEC n'est pas la seule institution à avoir développé, depuis quelques années déjà, ce type d'épreuve, Sc Po paris aussi a son concours d'éloquence.

Ce phénomène marque bien, dans un monde de plus en plus connecté, de plus en plus soi-disant communiquant, l'importance grandissante de l'indispensable maîtrise de l'oralité.

L'intervention de Maître Dupond-Moretti est savoureuse. Tout y est, posture, regard, silence, prise de contact, anecdote qui suscite l'adhésion de l'auditoire mais ce qui a retenu mon attention dans cette courte séquence c'est le sujet choisi : le trac. Ce fameux trac qui torturait Jacques Brel et bien d'autres grands artistes. Ce trac qui un jour ou l'autre nous a rendu, nous rend ou nous rendra visite. Le propre du trac, même chez les plus endurcis, c'est qu'il ne s'annonce pas, tout va bien et puis d'un seul coup il est là. Ses manifestations sont aussi diverses que nous sommes différents les uns des autres, à chacun son trac, à chacun son mode d'expression. Mais le trac n'est rien , c'est juste l'une des voies que choisit notre ego pour venir nous titiller à l'exact moment où nous avons besoin de sérénité et d'esprit clair. Eh bien, comme nous l'enseignent notamment les arts martiaux, inversons la polarité de l'énergie que voudrait nous imposer le trac, passons du négatif au positif, de l'ennemi à l'ami.

Le trac peut devenir cet ami qui vous veut du bien parce que vous aurez appris à ne plus en avoir peur et à vous appuyer dessus pour y puiser une énergie supplémentaire, nouvelle.

Tout cela est bien beau, mais concrètement comment faire. Le trac se nourrit surtout de l'imprévu, de l'inconnu. Cherchez donc systématiquement à réduire au maximum les zones d'incertitude. Préparation et repérage sont les deux premiers piliers, essentiels, sur lesquels vous devez vous appuyer. L'autre élément clé, vital, c'est la respiration. Le souffle c'est la vie, votre énergie se développe ou s'épuise en lien direct avec votre maîtrise de votre respiration.

Sans oublier que c'est lui, votre souffle, qui porte votre voix.

Respiration lente et profonde sont indispensables. Toute mise en apnée, fréquente lorsque l'on est dominé par son trac, doit être identifiée le plus vite possible et stoppée par un temps de silence pour revenir dans un cycle respiratoire positif. Enfin dernière chose, mais le sujet est inépuisable, relaxation et programmation mentale doivent aussi participer de cette maîtrise nouvelle de votre tract. Car la question est bien de le maîtriser et non de le faire disparaitre. Le tract, utilisez-le, c'est votre ami.

La lecture, c'est l'ennemi !

17 avr. 2016

Pour la publication de cette semaine j'aurai pu me livrer à une analyse, uniquement sur la prise de parole, de l'émission de François Hollande jeudi dernier. Les éléments déficients dans la prise de parole du Président restent stables, manque d'articulation et peu ou pas d'intonation, le message n'est pas incarné. Par ailleurs, l'une des valeurs essentielles du leadership, la confiance, est tellement dégradée que toute prise de parole de sa part tourne et tournera à vide. Mais chut, je m'arrête là, pas de politique dans ces publications qui n'ont qu'un seul objet, illustrer les fondamentaux de la prise de parole.

Et bien justement aujourd'hui, je vous propose une séquence de moins de 4' d'extraits d'un discours qui a marqué l'histoire. On avait employé cette formule au moment où Dominique de Villepin, alors Ministre des Affaires Étrangères de Jacques Chirac, avait prononcé ce discours le 14 février 2003 devant le conseil de sécurité de l'ONU. Il me semble que 13 ans plus tard, non seulement cette formule est justifiée mais, regardez bien cette séquence dans sa totalité, et j'espère que comme moi vous apprécierez sa dimension tristement prophétique et lucide.

Ce discours est magnifique par son contenu, les inspections pour désarmer l'Irak de Saddam Hussein, il l'est aussi par la forme. Le débit est parfait, l'articulation est bonne. Les silence auxquels je suis si attaché, vous le savez maintenant, sont plutôt bons. On trouve aussi une belle répétition, bien utilisée, liée directement au message clé. Ce qui m'intéresse le plus c'est que Dominque de Villepin lit son texte et cet exercice, qui peut apparaître comme simple, est en fait très périlleux. Périlleux, car il oblige à mettre en jeu une gestion complexe du regard. Toute transmission orale de qualité passe par une relation visuelle permanente avec son auditoire. Comment faire lorsque l'on doit lire son texte, c'est à ce moment là que la lecture devient l'ennemi. Car non seulement ce temps de lecture va vous déconnecter du contact visuel avec votre auditoire mais pour peu que le stress, le trac fassent leur apparition vous serez vite tenté de vous réfugier, comme je l'ai vu si souvent, dans le confort rassurant des feuilles de votre discours et alors là, c'est foutu. Alors comment faire ?

Vous connaissez mon antienne, se préparer, se préparer et bien entendu se préparer. Ensuite, revenez à la séquence du jour et regarder comment Dominique de Villepin alterne bien ses temps de lecture et ses temps de restitution orale en regardant son auditoire, tout son auditoire, car élément de complexité supplémentaire pour lui, son auditoire est partout autour de lui.

Dans une prise de parole, la lecture, source infinie de plaisir et de joie, doit être réduite à la portion congrue.

Du compliqué au simple, votre chemin de Damas

28 avr. 2016

Aujourd'hui, je vous propose une séquence un peu longue (6'03"), mais riche d'enseignements, constitutée de deux extraits d'une conférence de Cédric Villani à HEC le 11 septembre 2014.

Mathématicien français, directeur de l'Institut Henri Poincaré et professeur à l'université Claude Bernard Lyon 1, Cédric Villani a reçu la médaille Fields (équivalent du Prix Nobel pour les Mathématiques) en 2010.

Dans la première partie de la séquence nous découvrons l'orateur, auquel on vient de passer la parole, procéder, laborieusement,  à son installation. Il va utiliser pour sa conférence une présentation informatisée qui sera diffusée sur un grand écran derrière lui. J'ai laissé l'extrait dans son intégralité pour que vous preniez la mesure de ce qu'il faut éviter. Certes, ces hésitations, ces approximations, ces méconnaissances du lieu de la prise de parole (la recherche de la prise électrique) peuvent prendre un aspect amusant mais l'impression d'a-peu-près, de non préparation ne va pas favoriser la captation efficace de l'attention de l'auditoire. Nous savons à quel point la prise de contact est un temps essentiel dans la construction du lien qui va s'établir entre l'orateur et son auditoire. La recherche doit donc toujours être la même : réduire le plus possible les zones d'incertitude, de difficultés potentielles et pour ce faire une seule méthode : préparation, notamment dans ce cas précis du matériel, et repérage des lieux et des conditions physiques de la prise de parole. Un conseil, en lien avec cette première partie, si vous devez piloter un ordinateur pour une présentation animée essayez de la faire avec une télécommande, cela vous assurera une plus grande liberté de mouvement, une meilleure fluidité de votre posture et de votre gestuelle.

La seconde partie de notre séquence est directement liée au titre de cet article. Là encore je vous ai laissé l'extrait dans sa totalité. Je suis totalement réfractaire aux mathématiques, mais la chose scientifique et donc d'une certaine manière mathématique me passionne. Si l'un d'entre vous a compris en termes clairs et simples ce qu'était l'hypothèse de Riemann, je suis tout à fait intéressé par une explication qui soit compréhensible pour moi. Car telle est bien la question que nous pose cet extrait. Moi orateur, ultra spécialiste de mon domaine, ayant une connaissance parfaite de mon sujet complexe que dois-je faire pour me rendre compréhensible par un public non initié. Le principe qui doit présider à l'élaboration de votre contenu, celui qui doit vous conduire, obligatoirement, du complexe, mais simple pour vous, au simple pour votre auditoire, c'est toujours penser à celui de vos auditeurs qui vous comprendra le moins bien. Vous devez parler pour lui. Je vois bien l'objection principale : "mais je vais appauvrir mon discours, il va perdre tout son sens". Simplifier ne signifie pas perte de sens, simplifier ne signifie pas appauvrissement, mais clarification, compréhension et permettre le partage par tous d'une pensée ou démonstration complexe.

Cet effort est difficile mais nécessaire si vous voulez être compris par le plus grand nombre. Cet exercice de simplification débouchera souvent sur une raccourcissement de votre prise de parole ce qui la rendra plus efficace.

Pour conclure et vous aider dans ce travail du complexe vers le simple pensez à la valeur des exemples, des images, des métaphores et j'ose le mot des paraboles. Après tout prendre exemple chez les meilleurs maîtres n'est-il pas un signe de sagesse.

Creux et bosses valent mieux que plats et lignes droites

7 mai 2016

Qu'il parle ou qu'il ne parle pas, ce qui arrive rarement, il est celui qui agite beaucoup le microcosme politique et que les français regardent avec curiosité et interrogation.

Je veux parler de notre jeune et sémillant Ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique : Emmanuel Macron.

J'ai choisi un discours prononcé à Nantes 18 mai 2015 sur le thème de la nouvelle France industrielle qui me semble emblématique des caractéristiques des prises de parole de notre Ministre, fortes et charpentées sur le fond, linéaires et sans aspérités sur la forme. Cette prise de parole dure environ 38' et j'ai sélectionné quelques minutes d'introduction et de conclusion, à peine 4' qui suffisent à identifier le message clé et à mesurer la force de sa transmission.

Ce qui relève du non verbal, au début de l'intervention, les mains sur les micros, sur la cravate, le réajustement de la veste et d'autres petites choses, nous renseigne sur la nature des rapports que l'orateur du jour entretient avec la prise de parole en public. Ce n'est pas un tribun pour lequel cet exercice est naturel et facile, mais quelqu'un qui en connait l'importance et s'applique à le faire avec le plus d'efficacité possible, peut-être, c'est une hypothèse, en forçant un peu sa nature. L'intervention du jour est faite à partir d'un texte lu. Nous avons déjà évoqué cette configuration difficile et les conditions d'une transmission performante. Notre Ministre ne s'en sort pas trop mal. Les temps de lecture et de restitution sont assez bien gérés et surtout, tout au long du discours le regard, essentiel, mais maintenant vous le savez, est bien géré.

Alors que manque-t-il ? La puissance de conviction et de transmission qu'offre l'une des trois composantes de la voix : l'intonation.

L'envie, l'allant, la volonté de convaincre se marquent par la gestion d'une intonation en creux et en bosses. L'objectif d'un leader il est toujours le même : la mise en mouvement, la mise en action, pour penser, réfléchir et au bout du compte toujours faire agir. Il cherche à ce que son message clé dans la conscience de son auditoire relève de l'évidence avec toute la force qui accompagne cette révélation. Or force est de constater que si le débit est acceptable, l'intensité moyenne, il n'y a pas d'intonation chez le Ministre.

Sa prise de parole est linéaire, sans point d'accroche et encore pire avec, presque toujours, une baisse de ton en fin de phrase. Le triptyque que vous devez avoir bien présent à l'esprit lorsque vous prenez la parole c'est une gestion harmonieuse et intuitives des temps forts, des temps faibles et des silences.

Là encore l'image du cercle s'impose.

Une prise de parole c'est un chemin qui monte et descend en permanence et vous fait passer par des sommets sur lesquels vous devez toujours placer vos mots clés et votre message clé. Dans notre choix du jour, sur un discours de 38', il n'y avait qu'un seul message clé : réindustrialiser la France , c'est l'impératif catégorique.

Un autre enseignement à méditer, mais y reviendrons.